INSIGNES DES BLESSÉS
C’est à monsieur Maurice BARRÈS, défenseur de la Fédération nationale des Invalides et président de la Ligue des Patriotes, à qui revient l’idée de la création de l’Insigne des Blessés. En 1915, il lance un premier appel dans les colonnes du journal "l’Écho de Paris" du 28 mars, puis un autre dans celui du 10 juin, en faveur de la création de cet insigne distinctif devant désigner aux yeux de tous « un homme dont les blessures, l’infirmité, la maladie proviennent d’un fait de guerre ».
Dans le chapitre 7, "Des soins et aussi du respect", de son livre "L'âme française et la guerre - Sur les chemins de l'Asie", Maurice BARRÈS évoque quelques-unes des difficultés et des démarches effectuées en 1915 pour la création de cet insigne :
« 13 septembre 1915 - Je ne prends pas mon parti de notre impuissance à obtenir du ministre un signe qui distingue les blessés de la guerre. Ils y tiennent trop, ces braves, pour qu'on leur refuse satisfaction.
"Nous tous, m'écrit un réformé, nous allons successivement célébrer l'anniversaire de nos blessures, et je trouve qu'au fur et à mesure de nos liquidations de pensions le Gouvernement ferait bien de nous remettre l'insigne que vous réclamez justement pour nous..."
Cette idée d'anniversaire si sobrement indiquée a quelque chose d'émouvant. On verrait avec plaisir cette petite cérémonie de commémoration. Je pense à ce que me disait un chef anglais récemment : "Nous voulons que dans la tranchée nos soldats se disent les uns aux autres : Tu sais, si tu es blessé, tu seras très bien soigné". Soigné et honoré.
Il faut en finir, il faut régler la situation de ces amputés, aveugles, borgnes, paralysés, infirmes de toutes natures que nous croisons dans les rues vêtus d'habits ouvriers ou bourgeois, et que nous risquons de ne pas traiter avec la déférence qu'ils méritent. On dit qu'il y en a qui se voient traités d' "embusqués", voire de "têtes à massacre". Je pense qu'on exagère. Quoiqu'il en soit, nous leur devons un éclatant certificat, bien visible pour tous, de ce fait qu'ils ont été "diminués" pour la France.
Nous sommes des centaines à plaider leur cause. Tour à tour, chacun prend la parole. Rien qu'à la Chambre, il y a quatre jours, c'était Girod, député de Pontarlier ; il y a trois jours, c'était Prat, député de Versailles ; il y a deux jours, c'était Lauche, de la Seine ; aujourd'hui, c'est Paul Escudier, député de Paris. Chaque jour, c'est Bailby, dans l'Intransigeant et au premier rang mes illustres confrères et amis Henri Lavedan, Jean Richepin. Voici une lettre qu'Escudier me communique en même temps qu'il l'adresse au Ministre de la Guerre :
"Paris, le 9 septembre 1915. Depuis plusieurs mois votre administration est saisie du projet de l'insigne aux blessés de la guerre, par des lettres ou des propositions de quelques-uns de mes collègues, par les articles d'éminents littérateurs et publicistes, qui ont consacré des pages éloquentes à cette importante question. L'opinion publique est unanime, et ceux que nous entourons de notre affection et de notre admiration appellent cet insigne de leur espoir ardent. Vous avez pensé que beaucoup d'entre eux recevraient la croix de guerre ou la médaille militaire ; mais il ne vous a pas échappé que la remise de la croix de guerre ou de la médaille militaire récompense des actions d'éclat qu'il n'est pas donné à chacun d'accomplir, et notre reconnaissance veut que les blessés conservent le signe de la noble origine de leurs blessures, reçues en servant la Patrie. Dans le même ordre d'idées, la création de la médaille commémorative de la Grande guerre, qui sera distribuée à tous ceux qui y prennent part, ne correspondrait pas à l'intention émue de l'insigne aux blessés de la guerre. L'heure est brève, et ne vous semble-t-il pas qu'une mesure aussi opportune doit s'imposer aux hésitations de votre administration ? N'abandonnez donc pas à des bureaux sibyllins l'organisation mystérieuse d'une réalisation qui fera tant honneur à votre initiative. Elle est réclamée par toute la nation, et nos glorieux mutilés en attendent de vous l'immédiate consécration. Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération."
En toute question, il faut se placer au point de vue de celui qui nous contredit. En le comprenant on se console un peu de ne l'avoir pas persuadé. S'il est intelligent, on jouît de son intelligence ; s'il est bête, on se réjouit de sa bêtise. Que m'objectes-tu, ò administration ? Que peux-tu bien avoir dit à Millerand pour qu'il écarte ou ajourne notre pressante sollicitation ?
Nul besoin de beaucoup chercher. L'objection que l'on nous oppose, c'est que certains soldats peuvent être blessés dans des circonstances peu intéressantes et, par exemple, en se soustrayant à des ordres.
Mais, Millerand, vous, l'auteur de la loi sur les accidents du travail, vous n'allez pas vous arrêter indéfiniment sur ces exceptions. On ne vous demande pas une distinction honorifique. Il y a pour les héros la médaille militaire, la Croix de guerre, la Légion d'honneur. On vous demande d'établir officiellement et d'une manière évidente pour tous un fait. L'insigne accordé aux blessés de la guerre, sans leur attribuer aucune suprématie sur ceux de leurs camarades assez heureux pour rentrer sains et sauts dans leurs foyers, établira clairement, et d'une manière hautement honorable, l'origine de leur état physique. L'insigne dira : cet homme que vous croyez diminué a souffert au service de la patrie, pour notre défense à tous.
J'ai déjà obtenu un résultat qu'Escudier n'apprécie qu'à demi, mais qui nous a paru, à Prat et à moi, fort précieux. Le Ministre de la Guerre nous a dit qu'il estimait qu'en effet il y avait quelque chose à faire : "Après la paix, un jour ou l'autre, c'est certain qu'il sera institué une médaille commémorative de la guerre. Eh bien ! cette médaille, je vais m'occuper de la créer immédiatement. Je pourrai ainsi la donner à tous ceux qui auront été réformés pour blessures reçues ou maladies contractées ou aggravées à la guerre."
Voilà, sinon les termes, du moins l'esprit de la réponse que fit Millerand au député Prat, qui était allé lui porter des explications en son nom et au mien.
Cette promesse, je l'ai publiée le 22 juillet. J'attends en toute confiance sa réalisation. J'imagine déjà le bijou parfait que les artistes seront mis à même, cette fois, d'inventer.
Il ne faut jamais se décourager. Le Gouvernement français s'est laissé dépasser par le Gouvernement belge. Dès maintenant, chaque Belge réformé pour blessure de guerre reçoit un insigne qu'accompagnera par la suite la médaille commémorative de la guerre. Tant mieux si notre propagande a pu servir nos vaillants camarades de l'armée alliée. Leur exemple plaide pour notre thèse. Visiblement celle-ci gagne un immense terrain. Pour faire accepter la Croix de guerre, il nous fallut quatre mois. Nous avons vu la nécessité de l'Insigne des blessés, pour la première fois, en novembre 1914. Dix mois, c'est un long temps. Mais nous aboutirons, car nous avons raison, et Millerand, qui ne peut pas régler toutes les questions dans le même moment, sait l'importunée de tout ce qui, dans une armée fortifiée, satisfait le moral. »
Finalement, après de longs débats à la chambre des députés, l’Insigne des Blessés est créé par la loi du 11 décembre 1916, en vue de distinguer les très nombreux blessés du conflit en cours : 3 595 000 français furent blessés durant la guerre 1914-1918.
Son attribution a été étendue aux blessés militaires, prisonniers de guerre, déportés et internés de la Résistance durant la guerre 1939-1945, puis aux blessés militaires de conflits plus récents.
La loi de 1916 définit cet insigne comme une simple étoile d’émail rouge vif devant être portée sur le ruban de la future Médaille commémorative de la Guerre 1914-1918. Mais en attendant la création de cette médaille qui n’aura lieu qu’en 1920, l’on choisit un ruban sur lequel sera placée l’étoile rouge ; l’ensemble étant porté en simple barrette de décoration de 10 mm de hauteur et 36 mm de largueur.
En résumé et selon l’esprit de la loi d’origine, cet insigne ne devrait être qu’une simple étoile émaillée de rouge, normalement agrafée sur le ruban de la médaille commémorative ( lorsque celle-ci existe ) de la campagne durant laquelle la blessure aura été reçue, avec autant d’étoiles qu’il y a de blessures.
Seulement dans la pratique, le port de la barrette est souvent conservé, malgré l’existence d’une médaille commémorative spécifique et, c’est en fait, une médaille non officielle, la Médaille des Blessés militaires qui est portée et décrite ci-après.

Exemple de port réglementaire de l'insigne sur deux médailles commémoratives, Maroc et Indochine.
La Grande chancellerie de la Légion d'honneur ne reconnaît pas cet Insigne des Blessés comme une décoration et, à ce titre, ne le mentionne sur aucune liste de préséance. Cependant, au vu de l'importance qu'il peut avoir pour nombre de ses titulaires, de la difficulté matérielle à le porter réglementairement ( les rubans de nos médailles commémoratives françaises récentes sont souvent gréés de multiples agrafes ) et de l'existence d'une médaille non officielle dont la remise a pu se faire, parfois, devant le front des troupes lors d’une prise d’armes ( ! ), il serait sans doute opportun aujourd'hui de réformer cet insigne si mal porté. L'officialisation de la médaille susmentionnée, ou la création d'une nouvelle d'un type original et esthétique, à l'image de la célèbre « Purple Heart Medal » américaine, et la reconnaissance d'une place prépondérante au sein de nos décorations officielles serait une louable initiative...
Le 1er juillet 1918, un décret pris à l'initiative du ministre de l'Intérieur Jules PAMS, instituait un insigne pour les victimes civiles de la guerre.
Cette distinction est décernée :
¨ au titre de la guerre 1914-1918, par arrêté pris par le ministre de l'Intérieur après avis d'une commission siégeant au chef-lieu du département de résidence du candidat.
¨ au titre de la guerre 1939-1945, par le ministre des Anciens Combattants et Victimes de guerre ; le candidat devant être titulaire d'une pension de victime civile de la guerre.
Insigne des Blessés militaires
Cet insigne est destiné :
¨ aux militaires sous les armes ayant reçu une blessure au cours d’opérations de guerre ou de maintien de l’ordre, en présence ou du fait de l’ennemi ;
¨ aux déportés et internés, ainsi qu’aux prisonniers de guerre blessés au cours de leur détention ( décret du 8 novembre 1952 ).
Les blessures de guerre sont reconnues et homologuées, à l’aide de certificat d’origine de blessure, rapport circonstancié, notification de pension, etc., par les différentes directions des personnels militaires des trois armes.
Insigne des Blessés civils
Cet insigne est destiné aux civils qui, sans condition d'âge ou de sexe, ont été blessés ou mutilés du fait de guerre.

Largeur de 36 mm sur une hauteur de 10 mm.
Porté en barrette, le ruban est composé de quinze raies verticales disposées du centre vers les extrémités de la manière suivante : une raie centrale rouge de 3 mm est encadrée par un liseré blanc de 1 mm, puis d’une raie jaune de 3 mm, d’un liseré blanc de 1 mm, d’une raie bleue de 3 mm, d’un liseré blanc de 2 mm, d’une raie bleue de 5 mm et enfin d’un liseré blanc de 1 mm.
L'insigne, sous la forme d'une petite étoile à cinq branches émaillées de rouge, symbolise chacune des blessures.

Largeur de 36 mm sur une hauteur de 10 mm.
Porté en barrette, le ruban, d'un modèle similaire à ceux des médailles d'Orient et du Moyen-Orient, est composé de sept raies verticales disposées de la manière suivante : fond bleu traversé en son centre par une raie ocre jaune de 10 mm et de deux autres raies ocre jaune de 2,5 mm situées à 2 mm des bords respectifs.
L'insigne, sous la forme d'une petite étoile à cinq branches émaillées de blanc, symbolise chacune des blessures.
( non officielles )
Médaille des Blessés militaires
Il existe au moins six modèles de cette médaille non officielle plus ou moins tolérée. Toutes ces variantes ont été créées et réalisées par des fabricants privés.
Actuellement, le modèle le plus couramment porté, est une médaille uniface en bronze doré, du module de 30 mm et constituée d’une étoile en émail rouge vif entourée d’une couronne mi-feuilles de chêne, mi-feuilles de laurier.
Un mystère : une variante de cette médaille est apparue sur un récent catalogue de la Monnaie de Paris, parmi les médailles commémoratives. La Monnaie de Paris ne distribuant que des médailles officielles, serait-ce alors une forme d'officialisation larvée de cette médaille ?
Médaille des Blessés civils
Les civils ont également leur Médaille des Blessés, au dessin proche de celui de la médaille pour les militaires, mais à l’étoile émaillée de blanc.
Sources :
Légifrance & Bibliothèque nationale de France
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,
Sur le rapport du ministre de l'intérieur,
Décrète :
Art. 1er. — Il est créé un insigne spécial destiné, sans distinction d'âge ni de sexe, aux civils blessés ou mutilés du fait de la guerre.
2. — Cet insigne est attribué par arrêté du ministre de l'intérieur, après avis d'une commission siégeant au chef-lieu du département où réside l'intéressé et composée ainsi qu'il suit :
Le préfet, président, ou son délégué ;
Le général commandant la subdivision ou son délégué ;
Le président du tribunal civil ou un juge désigné par lui ;
Un médecin civil ou militaire avec voix consultative.
Cette commission appréciera pour chaque cas la nature de la blessure et les conditions dans lesquelles elle a été faite.
3. — L'insigne est constitué par un ruban composé d'une bande jaune de neuf millimètres ( 0m 009 ) de largeur avec étoile blanche de métal à cinq branches et encadrée de deux bandes bleues de même dimension avec liséré bleu et jaune à chaque bord.
4. — Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 1er Juillet 1918.
Signé : R. Poincaré.
Le Ministre de l'intérieur, Signé : J. Pams.
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE,
Sur le rapport des ministres de l'intérieur et des pensions, des primes et des allocations de guerre ;
Vu le décret du 1er juillet 1918, créant un insigne spécial destiné aux civils blessés ou mutilés du fait de la guerre,
Décrète :
Art. 1er. — L'article 2 du décret du 1er juillet 1918, créant un insigne spécial destiné aux civils blessés ou mutilés du fait de la guerre, est modifié comme suit :
« Cet insigne est attribué par arrêté du ministre des pensions, des primes et des allocations de guerre... »
2. — L'article 4 du même décret est modifié comme suit :
« Le ministre des pensions, des primes et des allocations de guerre est chargé de l'exécution du présent décret. »
3. — Les ministres de l'intérieur et des pensions, des primes et des allocations de guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 2 Mars 1920.
Signé : P. Deschanel.
Le Ministre de l'intérieur, Signé : T. Steeg.
Le Ministre des pensions, des primes et des allocations de guerre, Signé : Maginot.
L'Assemblée nationale et le Conseil de la République ont délibéré,
L'Assemblée nationale a adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Art. 1er. — Tout militaire ayant reçu une blessure de guerre au cours d'une campagne quelconque est autorisé à porter, jusqu'au moment où aura été créée une médaille commémorative de ladite campagne, l'insigne des blessés institué par la circulaire du 11 décembre 1916 pour les militaires blessés au cours de la campagne 1914-1918 et accordé aux blessés de la campagne 1939-1940 par l'arrêté du 27 mars 1941.
Art. 2. — Dès la création de cette médaille commémorative, l'insigne des blessés est remplacé par une barrette portant une étoile à cinq branches émaillée de rouge vif analogue à celle qui constitue l'insigne des blessés.
Art. 3. — Les déportés et internés visés à l'article 6 de la loi n° 48-1251 du 6 août 1948 établissant le statut définitif des déportés et internés de la Résistance ainsi que les prisonniers de guerre blessés au cours de leur détention, bénéficient des dispositions de la présente loi.
La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.
Fait à Paris, le 8 novembre 1952.
Par le Président de la République : Vincent Auriol.
Le président du conseil des ministres, Antoine Pinay.
Le ministre de la défense nationale, R. Pleven.
Le ministre des anciens combattants et victimes de la guerre, Emmanuel Temple.
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Loi n° 52-1224. TRAVAUX PRÉPARATOIRES (1)
Assemblée nationale :
Proposition de loi n° 2430 ;
Rapport de M. Tourné au nom de la commission de l'intérieur, n° 2952 ;
Adoption sans débat le 30 mai 1952.
Conseil de la République :
Transmission n° 247 ;
Rapport de M. Michel Yver au nom de la commission des pensions, n° 315 ;
Adoption de l’avis sans débat le 7 octobre 1952.
Assemblée nationale :
Acte pris de l'avis conforme le 7 octobre 1952.
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