INSTITUTION DU MÉRITE MILITAIRE
- 10 mars 1759 -
Au début du 18ème siècle, l’armée française était constituée d’une vingtaine de régiments étrangers, dont un suédois, neuf allemands, dix helvétiques et du célèbre régiment des gardes-suisses. La grande majorité des officiers étrangers qui encadraient ces régiments était de confession protestante. Il était alors impossible de récompenser leurs actions d’éclat, de bravoure au combat et leur ancienneté, car le prestigieux Ordre de Saint-Louis était réservé uniquement aux catholiques.
Conscient du caractère stimulant que peut avoir la possibilité d’être décoré au combat pour un soldat, le lieutenant-général Maurice de COURTEN, officier suisse et catholique, lança l’idée de la création d’une distinction qui serait réservée aux officiers étrangers protestants.
C’est le Roi Louis XV qui signa, le 10 mars 1759, l’ordonnance « portant création d’un établissement sous le titre du Mérite Militaire », inspirée de l’Ordre de Saint-Louis, afin « que cette distinction ait la plus parfaite ressemblance avec celle que procure l’admission dans cet Ordre. »
Cette distinction ne sera officiellement appelée « Institution du Mérite Militaire » qu’à partir de la décision royale du 13 août 1784.
Elle comportait initialement trois degrés ( 1er, 2ème et 3ème ), qui deviendront rapidement à l’usage, puis officiellement, à partir de l’ordonnance du 1er janvier 1785, les grades suivants : Chevalier, Commandeur ( appelé aussi Grand-cordon ) et Grand-croix.
La croix du Mérite Militaire était attribuée après 18 annuités de services pour les colonels, 20 pour les lieutenants-colonels, 22 pour les majors et 28 pour tous les officiers subalternes. Ultérieurement et à l’image de l’Ordre de Saint-Louis, l’on adoptera une ancienneté de service équivalente pour tous les grades : 24 annuités.
Les titulaires du premier degré ( Chevaliers ), étaient admis dans l’institution lors d’une cérémonie de réception ou ils devaient prêter le serment suivant : « Je m’engage à être fidèle à Sa Majesté, à ne point me départir de l’obéissance qui lui est due, et à ceux qui commandent sous ses ordres ; à garder et défendre de tout mon pouvoir son honneur, son autorité, ses droits et ceux de sa couronne ; à ne point quitter son service pour en prendre aucun chez les princes étrangers, sans son agrément par écrit ; à lui révéler tout ce qui viendra à ma connaissance contre sa personne et son état ; et à me comporter en tout comme le doit un vertueux et vaillant chevalier. »
Le nouveau titulaire recevait un brevet, signé du ministre de la Guerre ou de la Marine et portant la griffe du roi.
Les premiers décorés furent choisis parmi les officiers les plus talentueux, ce qui donna rapidement au Mérite Militaire un caractère prestigieux.
Les contingents initiaux prévoyaient : 4 Commandeurs ou deuxième degré et 2 Grand-croix ou troisième degré.
Les deux premiers Grand-croix de l’institution furent un Suisse, le maréchal de camp, comte de WALDNER et un Allemand, le lieutenant-général prince Guillaume de NASSAU-SAARBRÛCK.
Le Roi Louis XVI, par l’ordonnance du 1er janvier 1785, dota l’Institution du Mérite Militaire d’une rente de 32 000 livres, uniquement dévolue aux pensions des titulaires. Les 2 Grand-croix purent recevoir ainsi 4 000 livres chacun, les 4 Commandeurs 3 000 livres chacun et enfin les 12 000 livres restant furent répartis aux Chevaliers sous la forme de pensions variant entre 200 et 800 livres.
Sous la Révolution, le décret du 1er janvier 1791, transforma l’Ordre de Saint-Louis et le Mérite Militaire en une seule et même distinction : la Décoration Militaire. Cette dernière, utilisant la croix de Saint-Louis, était décernée sans le serment qui fut ainsi aboli et, à partir du décret du 26 septembre 1791, a pu être attribuée à tous les officiers, quelle que soit leur religion. L’on demanda alors aux titulaires du Mérite Militaire, d’échanger leur croix au profit de celle de Saint-Louis. Mais en 1792, la République était proclamée par la Convention et la monarchie déchue. En conséquence et par le décret du 15 octobre 1792, la Décoration Militaire décernée à 5 424 titulaires, fut supprimée.
Pendant la période Révolutionnaire, l’armée royale émigrée continua cependant de recevoir normalement et régulièrement l’Ordre de Saint-Louis et le Mérite Militaire. Ce dernier était toujours attribué selon les critères d’origine, c’est à dire qu’il restait la distinction réservée aux officiers étrangers au service du Roi de France.
Mais, l’on pu constater, malgré tout, quelques nominations d’officiers français de confession protestante.
Durant la Restauration, le Roi Louis XVIII, dans son ordonnance du 28 novembre 1814, étendit l’attribution du Mérite Militaire « à tous nos officiers de nos troupes de terre et de mer qui ne professent pas la religion catholique, apostolique et romaine. » Le ruban de l’Institution du Mérite Militaire devint le même que celui de l’Ordre de Saint-Louis ; le nombre des Commandeurs passa de 4 à 8, celui des Grand-croix de 2 à 4 ; le nombre des Chevaliers n’étant pas limité.
Après les Cent-jours, des croix du Mérite Militaire furent décernées, exceptionnellement, à neuf officiers anglais de l’état-major de WELLINGTON, en raison des services éminents rendus par l’armée anglaise d’occupation, pour sa modération et sa bonne conduite.
En 1829, eut lieu la dernière promotion du Mérite Militaire, qui n’étant plus attribué à partir de 1830, s’éteindra alors doucement avec ses derniers titulaires. Ces derniers purent, cependant, continuer à porter leur insigne en ayant pris soin de supprimer les fleurs de lys.
Le Mérite Militaire ne fut donc pas un Ordre, au sens strict du terme, car il n’y avait pas de Grand maître, ni aucun rite religieux particulier, comme pour les autres Ordres de chevalerie. C’est plutôt l’habitude et sans doute un besoin d’équivalence avec les Ordres classiques, qui fit qu’avec le temps, et notamment sous la Restauration, l’on a pu l’appeler, « Ordre du Mérite Militaire ».
Cependant, sa proche similitude avec les autres Ordres royaux de chevalerie, tout particulièrement durant la période Révolutionnaire sous la forme de « Décoration Militaire », permet de le classifier avec eux.
Le Mérite Militaire récompensait, à l’origine, uniquement les officiers étrangers, de religion protestante, servant dans l’armée française.
Puis, à partir de 1814, il a pu être attribué à tous les officiers, étrangers ou français, non catholiques.
Bleu foncé non moiré.
Pour les titulaires de la croix du premier degré ( Chevalier ), le ruban portait une bouffette bleu foncé ( la rosette de l’époque ).
Écharpe bleu foncé non moiré, appelée Grand-cordon, pour les titulaires du deuxième degré ( Commandeur ) et troisième degré ( Grand-croix ).
A partir de l’ordonnance du 28 novembre 1814, le ruban et l’écharpe furent de la même couleur que ceux de l’Ordre de Saint-Louis : moiré rouge feu.
Croix en or à quatre branches anglées de fleurs de lys d’or et terminées par huit pointes pommetées. Le centre de chaque branche portait une queue d’aronde d’or bordée d’émail blanc sur l’extérieur.
Sur l’avers : le médaillon central portait une épée d’or en pal, posée sur un fond d’émail rouge et était entourée
par la légende en lettres d’or PRO VIRTUTE BELLICA ( pour les vertus guerrières ) sur fond
d’émail bleu.
Sur le revers : le médaillon central portait une couronne de laurier en or émaillée de vert, posée sur un fond
d’émail rouge et était entouré d’une bordure émaillée de bleu portant en lettres capitales d’or
la légende « Ludovicus XV Instituit 1759 » en abrégé : LUD. XV. INST. 1759.
La croix des Chevaliers, d’un diamètre de 40 mm, était en or.
Celle des Commandeurs et Grand-croix, d’un diamètre de 70 mm, était en or.
Les pointes varièrent au fil du temps : si elles furent pommetées au début, elles ne le furent plus vers la fin du 18e siècle, puis le redevinrent vers la fin de l’Institution du Mérite Militaire.
Sous l’ancien régime, les croix avaient un médaillon central légèrement bombé et étaient plus épaisses et lourdes que celles réalisées à la Restauration.
A noter tout de même, un modèle unique, destiné au chef d’escadron des mamelouks de la Garde, Abdallah d’ASBONNE, officier musulman, dont le médaillon central portait l’épée pointe en bas et non en pal, et dont la lame était entourée par deux petite étoiles.
Les titulaires du troisième degré, appelés ultérieurement Grand-croix, portaient sur l’habit une plaque qui fut tout d’abord brodée puis qui devint métallique.
Le manteau de Grand-croix arborait une plaque brodée d’or de dimension supérieure à la plaque de l’habit.
La plaque métallique, d’un diamètre de 108 mm, était une croix uniface, en vermeil ou en or, à quatre branches anglées de fleurs de lys et terminées par huit pointes boutonnées. Le médaillon central portait une épée d’or en pal, posée sur un fond d’émail rouge. L’ensemble était entouré d’une bordure portant la légende en lettres capitales dorées : PRO VIRTUTE BELLICA.
Cependant, des plaques furent réalisées avec des pointes non pommetées et un médaillon central identique au médaillon revers de l’insigne.
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