ORDRE DU SAINT - ESPRIT
- 31 décembre 1578 -

L’Ordre du Saint-Esprit fut sans conteste le plus illustre Ordre de chevalerie de la monarchie française. C’est le 31 décembre 1578, en pleine période de guerre de religion, qu’un édit royal d’Henri III fondait l’Ordre du Saint-Esprit. Son nom était du à la dévotion qu’avait le roi pour la Pentecôte, journée commémorant la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Ce jour de Pentecôte avait marqué deux événements particulièrement importants pour Henri III : sa désignation à la tête du royaume de Pologne avait eue lieu le 11 mai 1573 et son accession au trône de France le 30 mai 1574.
Officiellement, c’est la défense de la foi catholique et de la personne royale qui fut invoquée en créant l’Ordre du Saint-Esprit. Mais le roi avait sans doute pour dessein premier de provoquer le rattachement à sa cause de grands seigneurs catholiques dont la fidélité à sa personne paraissait fort équivoque, certains n’ayant pas hésité à s’allier avec la Ligue dirigée par le puissant duc Henri de GUISE.
Par ailleurs, le besoin d’un Ordre nouveau devait probablement s’imposer, car force était de constater le déclin de l’Ordre de Saint-Michel, jusqu’alors unique Ordre de chevalerie du royaume.
Le lendemain de son sacre, le Roi de France recevait lors d’une cérémonie, la charge de Grand maître de l’Ordre du Saint-Esprit. Il nommait en conseil de l’Ordre, tous les Chevaliers dont le contingent initial fut fixé à 27.
Ce chiffre sera porté sous le règne de Louis XVI à 100 :
¨ 9 ecclésiastiques ( 4 cardinaux et 5 prélats ) d’origine noble et appelés « Commandeurs », qui portaient une croix du Saint-Esprit particulière suspendue en sautoir. Un seul des prélats, le grand aumônier de France, était dispensé des preuves de noblesse.
¨ 4 Chevaliers chargés de l’administration de l’Ordre ( le chancelier, le grand trésorier, le secrétaire-greffier et le prévost-maître ) portaient le titre de « Grand officier ». Le grand trésorier et le secrétaire-greffier n’étaient pas astreints à faire leurs preuves de noblesse. Cette particularité permit à un roturier comme COLBERT d’être reçu dans l’Ordre du Saint-Esprit en tant que grand trésorier.
¨ 87 devaient être issus de la noblesse depuis au minimum trois générations paternelles et âgés de plus de 35 ans, à l’exception des princes de sang du royaume dont l’âge minimum fut fixé à 25 ans.
Exception faite des ecclésiastiques, pour être admis dans l’Ordre du Saint-Esprit, il fallait être Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel. Si tel n’était pas le cas, les futurs membres du Saint-Esprit étaient reçu dans l’Ordre de Saint-Michel, la veille de leur admission dans l’Ordre du Saint-Esprit. Pourvus des deux Ordres royaux, ils recevaient alors le titre convoité de « CHEVALIER DES ORDRES DU ROY ».
C’est le 31 décembre 1578, au siège de l’Ordre sis en l’église des Grands-Augustins à Paris, qu’eut lieu la première cérémonie de réception. Les suivantes se firent lors d’un chapitre ( assemblée délibérante ), tous les 1er janvier. Les futurs Chevaliers du Saint-Esprit devaient se présenter vêtus d’un costume de drap d’argent, avec bas de soie blanche et chaussés de souliers blancs. Ils prêtaient serment à la sainte religion et au Roi de France, puis recevaient de celui-ci, un lourd manteau de velours noir à traîne, doublé en satin de couleur feu, bordé de flammes. Ce manteau, portant sur le devant la plaque pailletée cousue, et brodé des motifs du collier avec des fleurs de lys et des flammes d’or, était recouvert d’un court mantelet de soie vert pâle brodée. Sur ce mantelet reposait le collier que le roi remettait aux nouveaux titulaires. Ces derniers recevaient aussi un livre d’heure accompagné d’un chapelet en ivoire appelé « dizain » qui devait être porté en permanence ; le Chevalier ayant pour obligation de dire chaque jour une dizaine de chapelets ainsi que les heures du Saint-Esprit.
C’est le Roi Henri IV qui permit à un petit nombre d’étrangers, monarques et grands seigneurs de confession catholique, d’entrer dans l’Ordre. Ce fut aussi sur sa décision que l’Ordre du Saint-Esprit a été attribué d’office à leur naissance, aux fils de France ( ceux du roi, du dauphin et du fils aîné de ce dernier ). Les princes de sang du royaume ne devenaient Chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit qu’à l’âge de quinze ans.
A partir du règne du Roi Louis XIV, les réceptions se feront toujours le 1er janvier, jour de la fête de l’Ordre, mais généralement en la chapelle du château de Versailles ; les titulaires portant une tenue de cérémonie bien plus sobre que celle décrite auparavant.
C’est au couvent des Grands-Augustins, siège de l’Ordre du Saint-Esprit, que l’administration de l’Ordre, tout comme celle de l’Ordre de Saint-Michel, était assumée par des officiers gagistes et contrôlée par les 4 Grands officiers susnommés. L’impôt appelé « marc d’or » assurait les revenus de l’Ordre.
Lorsque la Révolution arrivera en 1789, l’Ordre du Saint-Esprit cessera d’être attribué, puis à l’instar des autres Ordres monarchiques, sera aboli en 1791 par l’Assemblée nationale. Cependant, l’Ordre du Saint-Esprit continuera d’être décerné par le roi en émigration.
Sous la Restauration, l’ordonnance royale du 28 septembre 1814, signée du Roi Louis XVIII, rétablira l’Ordre du Saint-Esprit. La noblesse impériale ayant été reconnue par le roi, maints anciens dignitaires de l’Empire recevront alors ses insignes.
La vie de l’Ordre du Saint-Esprit, dont la devise était « Duce et Auspice », s’acheva en 1830 lorsque Louis-Philippe aboli définitivement tous les Ordres monarchiques.
Contrairement aux statuts de l’Ordre de Saint-Michel, ceux de l’Ordre du Saint-Esprit furent particulièrement surveillés et respectés par les différents monarques qui se sont succédés à sa tête ; ce qui permit notamment d’éviter toute désastreuse inflation de ses contingents.
Durant les deux siècles et demi de son existence, il aura été sans nul doute, de par son importance et son prestige, le premier Ordre du Royaume de France et l’un des plus brillant d’Europe.
La croix était primitivement portée en sautoir. A partir du règne de Louis XIV, elle sera portée suspendue à un large ruban de couleur moirée bleu céleste ( bleu ciel ), appelé cordon, passé en écharpe de l’épaule droite au coté gauche. De là, venait l’expression « Cordon bleu » donnée aux Chevaliers.
Seuls les ecclésiastiques continueront alors à porter en sautoir la croix.
Les insignes étaient prêtés et devaient, au décès, être restitués sous trois mois, à la trésorerie des Ordres du roi.
Croix de Malte double face en or à quatre branches anglées de fleurs de lys d’or et terminées par huit pointes boutonnées.
Diamètre variant de 60 à 75 mm ( généralement 70 mm ).
Le centre de chaque branche portait une queue d’aronde d’or ornée d’un motif émaillé vert et bordée d’émail blanc sur l’extérieur.
Sur l’avers : le médaillon central portait sur fond doré une colombe d’argent aux ailes déployées et la tête penchée vers le bas.
Sur le revers : le médaillon central représentait l’image de Saint-Michel terrassant le dragon.
Les ecclésiastiques nommés dans l’Ordre avaient une croix spéciale, différente de celle décrite par son revers identique à l’avers ( en résumé : la colombe de chaque cotés ).
Durant le règne d’Henri III, les Chevaliers portaient sur leur tenue de cérémonie, un collier en or, d’un poids d’environ 730 grammes, constitué par la croix du Saint-Esprit suspendue par une chaînette d’or à un ensemble de 40 maillons d’or. Les maillons étaient reliés par le monogramme des lettres latines M et L et des lettres grecques phi et delta. Ces lettres grecques, évoquant l’union de la famille royale mais à la signification ésotérique, ayant été sujet de raillerie envers le roi, seront ultérieurement supprimées par Henri IV. Le collier ne comptât alors plus que 32 maillons d’or formant une alternance de trophées et de H séparés par des fleurs de lys. Vers 1782, Louis XVI créera un dernier modèle composé de 29 maillons d’or uniface. Ces maillons de forme carrée étaient formés de flammes d’émail rouge. Quinze d’entre eux, portant au centre une fleur de lys d’or, alternaient avec huit maillons portant un H ( Henri ) en émail blanc entouré par trois couronnes et posé sur deux cornes d’abondance, et avec six autres portant des trophées d’armes émaillés de vert, de bleu et de blanc.
La Révolution verra la disparition d’une grande partie des colliers. Sous la Restauration, le Roi Charles X confiera la fabrication de 80 colliers à deux orfèvres, Martin-Guillaume BIENNAIS et L. CAHIER.
Officiellement, le collier ne devait pas être porté par les Grands officiers administratifs, ni par les ecclésiastiques nommés dans l’Ordre. Cependant, cette règle fut rapidement bafouée par ces derniers.
Le manteau de la tenue de cérémonie des Chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit arborait une large croix pailletée cousue, atteignant les 280 mm, représentant l’avers de la croix de l’Ordre.
Une plaque identique, d'un diamètre de 90 à 120 mm, était portée, en tenue usuelle, sur la gauche de la poitrine. Tout d’abord brodée, elle deviendra métallique, en argent ciselé, sous la Restauration.
Le chapelet ou « dizain » était constitué par un cordon de couleur bleu passant à travers dix grains d’ivoire de taille identique et d’un onzième de taille supérieure. Une croix du Saint-Esprit réalisée intégralement en ivoire, terminait le tout.
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