ORDRE ROYAL ET MILITAIRE
DE SAINT - LOUIS
- 5 avril 1693 -
Le 17e siècle verra la création, en France, d’un des Ordres de mérite parmi les plus prestigieux d’Europe et sans doute le plus populaire et prisé de la période monarchique. C’est Louis XIV, le « Roi Soleil », qui institua par l’édit du 5 avril 1693, l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis.
Ce fut le premier Ordre de mérite français, offrant pour la première fois, la possibilité à un officier d’origine non noble, d’acquérir, au combat, un titre de Chevalier. Les statuts d’origine le précisait d’ailleurs parfaitement : « il ne sera reçu dans cet Ordre que des officiers - encore de nos troupes - et que la vertu, le mérite et les services rendus avec distinction dans nos armées, seront les seuls titres pour y entrer. »
Le nouvel Ordre suscita dans l’armée une grande ferveur et eut un effet fort stimulant. Comme a si bien écrit VOLTAIRE, cette décoration fut « plus briguée que la fortune ». Par ailleurs, n’a-t-on pas souligné, que la perspective de recevoir sa croix, avait probablement été une des clefs du redressement militaire de la France ?
Le premier consul Napoléon BONAPARTE avait lui-même déclaré : « Jamais Louis XIV n’aurait pu soutenir avec avantage la lutte contre l’Europe coalisée, lors de la guerre de la Succession (d’Espagne), s'il n’avait eu à sa disposition la monnaie de la croix de Saint-Louis. » Et en créant sa Légion d’honneur, Napoléon s’inspirera sur bien des points de l’Ordre créé par Louis XIV.
Cependant, malgré la suppression de la distinction de naissance, l’Ordre de Saint-Louis restait strictement réservé aux officiers professant la religion catholique, apostolique et romaine.
Ces derniers devaient avoir servi dans les armées royales, sur terre ou sur mer, pendant 10 ans ; ancienneté de service qui sera portée ultérieurement à 20 ans.
L’Ordre de Saint-Louis comprenait trois grades : Chevalier, Commandeur et Grand-croix. Si l’on pouvait être nommé Commandeur directement, les Grands-croix devaient être choisis parmi les Commandeurs.
Selon les statuts d’origine, l’Ordre devait comprendre un nombre illimité de Chevaliers, 24 Commandeurs et 8 Grands-croix. En fait, entre 1693 et 1715, Louis XIV ne nommera seulement qu’environ 2 000 Chevaliers.
L’Ordre fut pourvu d’une dotation de 300 000 livres de rente, permettant le versement à 160 titulaires d’une pension d’un montant variant de 800 à 2 000 livres pour 128 Chevaliers, de 3 000 à 4 000 livres pour chaque Commandeur et de 6 000 livres à chaque Grand-croix. En 1719, la dotation se montera à 450 000 livres et le nombre des pensionnés sera porté à 221. L’Ordre, vers sa fin d’existence, comptera en 1828, 1 048 pensionnés.
Le Dauphin, les maréchaux de France, l’amiral de France et le général des galères étaient, de droit, nommés Chevaliers. Les princes de famille royale obtenaient un grade dans l’Ordre qu’après avoir effectué leur première campagne de guerre. A Versailles, le 8 mai 1693, eut lieu la première admission dans l’Ordre, qui reçut le Dauphin, le duc d’Orléans, le duc de Chartres, le prince de CONTI et le maréchal de BELLEFONDS.
Lors de la réception dans l’Ordre, le futur Chevalier devait prêter devant le roi, chef souverain et Grand maître de l’Ordre, le serment suivant : « Vous jurez et promettez Dieu le créateur, sur la foi que vous tenez, que vous vivrez et mourrez dans la religion catholique, apostolique et romaine ; que vous serez fidèle au Roi, et ne vous départirez jamais de l’obéissance qui lui est due, et à ceux qui commandent sous ses ordres ; que vous garderez, défendrez et soutiendrez de tout votre pouvoir son honneur, son autorité, ses droits, et ceux de sa couronne envers et contre tous ; que vous ne quitterez jamais son service pour entrer à celui d’aucun prince étranger sans la permission de Sa Majesté ; que vous lui révélerez tout ce qui viendra à votre connaissance contre sa personne et son État, et garderez exactement les statuts et règlements de l’ordre de Saint-Louis, auquel Sa Majesté vous a agrégé et honoré d’une place de chevalier en icelui, et que vous vous comporterez en tout comme un bon, sage, vertueux et vaillant chevalier est obligé de le faire. Ainsi, vous le jurez et promettez. »
Le nouveau titulaire recevait un brevet, signé du ministre de la Guerre ou de la Marine et portant la griffe du roi.
Le roi donna au dauphin le pouvoir de réception des Chevaliers, en décembre 1700. Cette délégation de pouvoir fut étendue en 1705 aux princes de la famille royale, aux maréchaux de France et, ultérieurement, aux officiers généraux titulaires de l’Ordre.
Chaque année, une assemblée générale, précédée d’une messe, devait réunir le jour de la Saint-Louis tous les membres de l’Ordre. L’assemblée élisait pour un an un Conseil, composé de 6 Chevaliers, 4 Commandeurs et 2 Grands-croix, chargé de l’administration de l’Ordre. Un greffier, un trésorier et un huissier, choisis parmi les hauts fonctionnaires des secrétariats de la Guerre et de la Marine et mis à disposition du Conseil, assuraient la gestion des affaires courantes. Ces fonctionnaires avaient droit au port de la croix de Chevalier de Saint-Louis et au titre d’officier.
Mais sous Louis XV, par l’édit d’avril 1719, le régent ordonnait pour administrer l’Ordre, la création de quinze charges d’officiers héréditaires, en remplacement des trois précédentes. Parmi ces quinze fonctionnaires, trois furent appelés « Grand officiers » et assimilés aux Grands-croix dont ils portèrent les insignes. Quatre reçurent le titre de Commandeur et les huit autres gardèrent, comme précédemment, l’appellation « officiers » et arborèrent la croix de Chevalier. Mais en 1779, Louis XVI, ne conservera que deux officiers d’administration ( un trésorier et un huissier ) et leur supprimera le port de tout insigne. Pendant la Restauration, c’est le secrétaire d’État à la Guerre qui exercera l’administration de l’Ordre de Saint-Louis.
Le port illégal de l’Ordre de Saint-Louis pouvait entraîner de très graves sanctions :
¨ pour un noble, la dégradation, 20 ans de prison et la perte de la noblesse ;
¨ pour un roturier, les galères.
A noter cette particularité : lorsqu’un Grand-croix de l’Ordre de Saint-Louis devenait « CHEVALIER DES ORDRES DU ROY » en étant fait Chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit et Chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, il redevenait alors simple Chevalier de Saint-Louis.
En 1779, il fut décidé que les insignes des titulaires décédés devraient être restitués au ministère de la Guerre ou de la Marine. C’était un moindre mal, dans la mesure où ces insignes avaient été fournis gratuitement au titulaire lors de sa réception dans l’Ordre.
Sous la Révolution, le décret du 1er janvier 1791, transforma l’Ordre de Saint-Louis et le Mérite militaire en une seule et même distinction : la Décoration militaire. Cette dernière, utilisant la croix de Saint-Louis, était décernée sans le serment qui fut ainsi aboli et, à partir du décret du 26 septembre 1791, put ainsi être attribuée à tous les officiers, quelle que soit leur religion. Mais en 1792, la République était proclamée par la Convention et la monarchie déchue. En conséquence et par le décret du 15 octobre 1792, la Décoration militaire décernée à 5 424 titulaires, fut supprimée.
Pendant la période Révolutionnaire, 4 418 officiers de l’armée royale émigrée et 245 officiers vendéens purent cependant recevoir normalement l’Ordre de Saint-Louis.
Sous la Restauration, l’Ordre de Saint-Louis fut rétabli le 28 septembre 1814 par le Roi Louis XVIII.
Dans l’ordre des préséances, il sera alors considéré à égalité avec la Légion d’honneur.
Tous les anciens maréchaux de l’Empire devinrent de droit, Chevaliers de Saint-Louis. Par ailleurs, la croix a pu être attribuée, sur leur demande, aux officiers de l’armée impériale comptant 24 années de services ou d’annuités.
A partir de 1830, sous Louis-Philippe, l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis cessera d’être attribué et il sera demandé de ne plus en porter les insignes. La fleur de lys étant un symbole par trop monarchique, certains titulaires les firent disparaître de leurs croix de Saint-Louis, ce qui permit de continuer à les porter.
Le port des insignes des Ordres royaux étant de nouveau autorisé sous le second Empire ; les croix originelles de l’Ordre de Saint-Louis réapparaîtront alors sur l’uniforme de quelques vieux officiers.
L’Ordre royal et militaire de Saint-Louis récompensait la vertu, le mérite et les services rendus avec distinction par les officiers de religion catholique :
¨ sous Louis XIV, une ancienneté de service minimum de 10 ans, puis de 20 ans était requise ;
¨ sous Louis XVI, à partir de la loi du 7 janvier 1791, l’ancienneté fut arrêtée pour tous les grades à 24 ans révolus de services ou d’annuités.
Les années de campagne de guerre comptaient double. Dans le décompte des annuités, le temps de service effectué comme simple soldat ou comme sous-officier n’était compté qu’à raison de un an pour deux années.
Cette disposition sera abolie en 1791, le service précité étant compté dorénavant comme années d’officier. Mais l’ordonnance du 9 août 1820 rétablira le système précédent et précisera par ailleurs les temps d’ancienneté entre les grades : promotion possible à la dignité de Commandeur après 6 ans d’ancienneté comme Chevalier, et à la dignité de Grand-croix après 4 ans d'ancienneté comme Commandeur.
En temps de guerre, les actions héroïques généralement accompagnées de blessures, pouvaient entraîner des nominations spéciales.
Dans la Marine royale, quelques vaisseaux ayant livré de glorieux combats furent décorés de l’Ordre et étaient reconnaissables aux grandes croix de Saint-Louis, réalisées en cuivre, qu’ils arboraient dans leurs mâts.
D’une largeur de 37 mm, il était moiré rouge feu avec une bouffette ( rosette ) pour les Chevaliers. Le ruban et la croix qui étaient, à l’origine, portés sur l’estomac, passeront ultérieurement à la boutonnière gauche.
Les Commandeurs et les Grands-croix portaient, en écharpe de l’épaule droite au côté gauche, leur croix suspendue au bas d’un cordon rouge feu de 11 cm de largeur.
En 1719, quatre officiers de l’administration de l’Ordre, assimilés aux Commandeurs, porteront la croix en sautoir autour du cou.
L’édit de 1779 prévoyait que le ruban serait liseré de blanc dans le cas d’une attribution suite à des « actes de bravoure dans des occasions périlleuses et éclatantes ». Cette particularité ne semble pas avoir été appliquée.
Lorsqu’un Commandeur ou un Grand-croix de l’Ordre de Saint-Louis devenait aussi titulaire de l’Ordre du Saint-Esprit, il ne portait plus que la croix de Saint-Louis suspendue par un petit ruban rouge feu au bas du cordon du Saint-Esprit.
Croix double face en or à quatre branches anglées de fleurs de lys d’or et terminées par huit pointes boutonnées.
Le centre de chaque branche portait une queue d’aronde d’or bordée d’émail blanc sur l’extérieur.
Sur l’avers : le médaillon central portait l’effigie en pied du Roi Saint-Louis cuirassé d’or, couvert d’un manteau bleu
fourré d’hermine, en émail, tenant de la main droite une couronne de laurier en émail vert et de la main
gauche une couronne d’épines en émail vert, et un voile en émail blanc, posé sur un fond d’émail rouge
parsemé des clous de la Passion. L’ensemble était entouré d’une bordure émaillée de bleu portant en lettres
capitales d’or la légende « Ludovicus Magnus Instituit 1693 » en abrégé :
LUD. M. INST. 1693 sous l’Ancien régime, puis LUD. MAG. INST 1693 sous la Restauration.
Sur le revers : le médaillon central portait une épée flamboyante d’or, la lame passant dans une couronne de laurier,
en émail vert, à laquelle elle était liée par une écharpe blanche, le tout posé sur un fond en émail rouge et
entouré d’une bordure d’émail bleu portant en lettres capitales d’or la devise due à l’écrivain
Nicolas BOILEAU : BELL. VIRTUTIS PRAEM sous l’Ancien régime, puis sous la Restauration
BELLICAE VIRTUTIS PRAEMIUM ( récompense de la vertu guerrière ).
La croix des Chevaliers, d’un diamètre de 40 mm, était en or et pesait un peu plus de 11 grammes.
Celle des Commandeurs et Grands-croix, d’un diamètre de 70 mm, était en or et pesait un peu plus de 38 grammes. Elle portait sur l’avers la légende LUDOVICUS MAGNUS INSTITUIT 1693.
Les pointes fut pommetées ( boutonnées ) jusqu’en 1788, puis de nouveau sous la Restauration.
Les croix étaient réalisées par des artisans joailliers indépendants et non par les services de l’administration des Monnaies, qui à partir de l’année 1815, contrôlera la fabrication en prélevant un exemplaire sur cent.
Ces croix prélevées étaient remises gracieusement aux titulaires lors des cérémonies de réception dans l’Ordre.
Pendant la Monarchie de juillet, des croix de Saint-Louis furent amputées de leurs fleurs de lys, ce qui permit à leur titulaire de continuer à les porter.
Les Grands-croix, dignitaires de l’Ordre, portaient une plaque d’habit et de manteau, tout d’abord brodée puis ultérieurement réalisée en métal.
Lorsqu’en 1719 seront créés les « Grands officiers » de l’administration, ces derniers porteront aussi la plaque.
La plaque brodée
La plaque en broderie, d’un diamètre de 108 mm, était une croix uniface à huit pointes boutonnées recouvertes de paillettes d’or et portant au centre une effigie en pied du Roi Saint-Louis, identique à celle de l’insigne, le tout brodé d’or.
La plaque métallique
D’un diamètre de 108 mm, c’était une croix uniface, en vermeil ou en or, à quatre branches anglées de fleurs de lys et terminées par huit pointes boutonnées.
Le médaillon central portait l’effigie en pied du Roi Saint-Louis cuirassé d’or, couvert d’un manteau bleu fourré d’hermine, en émail, tenant de la main droite une couronne de laurier en émail vert et de la main gauche une couronne d’épines en émail vert, et un voile en émail blanc.
L’ensemble était entouré d’une bordure portant la légende en lettres capitales : LUDOVICUS MAG INSTIT 1693.
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